Ces derniers mois, j'ai travaillé à l'élaboration d'un projet de compensation des émissions de CO2. Pour ceux qui n'ont rien compris aux cinq derniers mots, voilà un bref résumé:
1) Tout d'abord, nous avons les émissions de CO2 (dioxyde de carbone), ce vilain gaz à effet de serre qui – je crois qu'on peut l'affirmer aujourd'hui – est une des causes principales du
réchauffement global. Le CO2 est produit par la combustion des énergies fossiles (pétrole par exemple). L'essence des voitures ou le kérosène des avions sont deux sources d'émission de CO2 très
importantes. Plus il y a de CO2, plus le climat se réchauffe vite. Les puits naturels de CO2 sont par exemple les forêts, qui stockent ce gaz lors de leur croissance. Le but, de nos jours, est de
réduire les émissions de CO2 pour obtenir un équilibre entre les sources et les puits de ce gaz.
Schématiquement, nous avons au début trop de CO2 émis, et la balance penche du mauvais côté.
2) Une première solution pour rééquilibrer la balance consiste à prendre le problème à la racine, c'est-à-dire à réduire les émissions de CO2. La technologie actuelle nous permet de réduire une
grande quantité des émissions de CO2 dans l'atmosphère. Un exemple: les voitures qui consomment moins (moteur plus performant) polluent moins.
La balance commence à prendre la bonne direction.
3) Il est malheureusement impossible d'éviter le 100% des émissions de CO2. Ainsi, même la plus moderne des voitures, tant qu'elle continuera à rouler à l'essence, produira une certaine quantité
de CO2. L'astuce consiste donc à compenser cette quantité ailleurs. Deux possibilités: d'abord, comme nous l'avons vu, les forêts étant des puits de carbone, le fait de planter de nouvelles
forêts permet de réduire le CO2 atmosphérique. Nous savons par exemple qu'un pin de 20 ans d'âge en Amérique centrale emmagasine 80 kg de CO2, alors qu'un chêne du même âge retient 110 kg de CO2.
L'autre méthode consiste à utiliser les énergies renouvelables en lieu et place des énergies fossiles. Ainsi il existe de par le monde de nombreux projets de micro-centrales hydrauliques, qui
génèrent de l'électricité grâce à l'eau, et non par l'énergie nucléaire ou le charbon de bois. Le solaire et l'éolien sont d'autres exemples d'énergies renouvelables.
On identifie donc les puits possibles, ou les énergies renouvelables.
4) Finalement, grâce à l'utilisation des énergies renouvelables ou de la plantation de forêts, les émissions de CO2 sont virtuellement compensées.
Très bien, maintenant que tout est clair, revenons à mon projet. Je me suis inspiré des nombreux sites internet qui offrent ce genre de services, par exemple MyClimate pour ne citer que le plus connu en Europe. Le principe est simple: toute personne désireuse de compenser ses émissions se rend sur le site, choisi le type
(avion, voiture, ménage) et la quantité d'émissions qu'elle souhaite compenser, et paie le montant défini. Cet argent sera ensuite réinvesti, par exemple de l'électricité grâce à l'éolien et non au diesel à Madagascar. Les projets se trouvent en général dans les pays en voie de
développement.
Alors moi je me suis dit: "Les gens ici polluent autant qu'en Europe: ils ont aussi une voiture, et l'utilisent beaucoup, donc a priori ils pourraient compenser leurs émissions." Je me suis
tourné vers les nombreuses agences de voyages de Xela, qui étaient très intéressées par mon idée, et j'ai commencé à créer le projet. Le principe est le même qu'en Europe, à une exception près:
tous les acteurs sont locaux, et les projets d'énergies renouvelables ou de reforestation restent dans la même région, ce qui permet à un acheteur d'aller voir, en quelques minutes, où l'argent
de sa compensation a été investi! J'ai dessiné un joli logo à coller sur les véhicules "neutres en CO2", un certificat pour les gens qui compensent leurs émissions, toute la démarche à suivre, et
maintenant le futur ne dépend plus de moi, mais de mon organisation. Si elle souhaite continuer le projet, tout est prêt. Sinon, dommage...
Je pars dans un mois, mais je pourrais facilement rester une à deux années de plus pour mener ce projet à terme. J'espère qu'ils trouveront un nouveau stagiaire pour faire ce travail.
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A part ça, mais en restant dans l'idée de la compensation, est-ce que vous compensez les vols que vous faites? Moi – et j'ai honte de l'avouer – je n'ai pour l'instant compensé qu'un seul vol: un
misérable Madrid-Genève, aller simple, qui m'a coûté 2 euros. Si je souhaite compenser tous mes vols réalisés lors des 3-4 dernières années, soit Genève-Malaga, Genève-Madrid, Zurich-Sydney,
Zurich-Bogota, Bogota-Guatemala, Guatemala-Costa Rica, Guatemala-Quito, un autre Guatemala-Bogota, puis en octobre Zurich-Delhi, Delhi-Kathmandou, tous ces vols aller-retour, je devrais payer,
selon MyClimate: 827 CHF (40 CHF/tonne CO2) et selon CO2logic (émissions meilleur marché :P): dans les 496 euros (24 euros /tonne CO2)
Je suis persuadé qu'il y a un énorme potentiel dans la compensation des émissions aériennes, et je trouve que la compensation devrait être ajoutée automatiquement au prix du billet, et que tout
l'argent généré aille à un fond spécial, géré par l'ONU par exemple. Avec cet argent, on pourrait moderniser les industries vieillissantes et polluantes des pays en voie de développement, on
pourrait apporter l'électricité à tout le monde et supprimer l'utilisation du bois d'énergie, on pourrait implanter les énergies renouvelables à grande échelle, on pourrait résoudre le problème
de la gestion des déchets, on pourrait... faire pleins de trucs!
Vous ne me croyez pas? Un simple calcul, pour vous montrer qu'il y a un réel potentiel. Selon le Quid, il y 2 milliards de
passagers par an. Admettons, en étant très minimaliste, que le trajet moyen de chaque passager est un Madrid-Genève. Si chaque passager devait compenser ses émissions (2 euros pour ce vol selon
EasyJet, mais selon les sites ci-dessus ça serait plutôt dans les 10 euros), on obtiendrait 4 milliards d'euros par année!! Avec une telle somme, il est possible de réaliser beaucoup de choses,
vraiment beaucoup de choses...
Dès que je serai président de l'ONU, promis, je mettrai ça en place!
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